• Aquarelle

    Au musée d’Orsay<o:p></o:p>

    La peinture à l’eau…<o:p></o:p>

    Présent du 28 juin 08<o:p></o:p>

    L’aquarelle dans l’histoire des techniques est très récente, employée à partir du XVIIIe en Angleterre, du XIXe en France. Elle ne figure pas dans le Dictionnaire des Arts de peinture de Watelet & Lévesque paru en 1792, mais elle est dans le Manuel du peintre et du sculpteur d’Arsenne de1833. Après des siècles d’huile, seul medium jugé honorable, et de lavis monochrome apparenté au dessin, la légèreté aqueuse se colore et accède au rang de peinture. « Le charme particulier de l'aquarelle, auprès de laquelle toute peinture à l'huile paraît toujours rousse et pisseuse, tient à cette transparence continuelle du papier », notait Delacroix dans son journal. Une revanche de la fresque ?<o:p></o:p>

    Pratique anglaise, l’aquarelle est synonyme de raffinement : « Le duc de Rohan était fort joli ; il roucoulait la romance, lavait de petites aquarelles et se distinguait par une étude coquette de toilette », écrit Chateaubriand non sans moquerie envers un dandy qui, confronté plus tard au décès tragique de son épouse, devait finir cardinal. <o:p></o:p>

    Plus sérieusement elle est affaire d’artistes. La pratique académique admet l’aquarelle au titre de sténographie. Elle permet de prendre des notes d’après nature, de saisir des effets de lumière fugitifs qui seront réutilisés dans de nobles compositions d’atelier – à l’huile. Nicolas-Toussaint Charlet (1792-1845), élève de Gros, lorsqu’il explique la prise de note sur le motif, formule avant Gauguin et dans les mêmes termes la couleur franche : « Où vous voyez du violâtre, mettez-en ; où vous voyez du verdâtre, posez-en. » Documents de travail, les aquarelles ne sont pas destinées à être vues du public. Cependant très vite grand est le succès des croquis rapides annotés par le peintre qui veut garder mémoire d’une nuance. L’amateur pénètre dans le processus créatif, à une étape souvent plus intéressante parce que plus fraîche qu’un résultat léché, tué par un travail excessif. La vogue en sera tellement grande qu’elle deviendra un académisme : l’artiste fabrique et divulgue des notes de travail. Signac pratiquera ce genre artificiel, sans que d’ailleurs la qualité soit absente.<o:p></o:p>

    Dédiée au paysage, l’aquarelle se répand à une période où l’art a besoin de prendre l’air : elle favorise indéniablement l’autonomie du motif. Le conditionnement des couleurs explique aussi sa diffusion, les couleurs au XIXe prennent des formes plus galénique (dirais-je) : en pastilles, en tube. La promenade s’en trouve facilitée. La fabrication anglaise gardera toujours un temps d’avance, les couleurs les plus réputées étant celles de la marque Rowney (encore en activité, comme la marque Winsor & Newton). <o:p></o:p>

    Mais les boîtes de couleurs seraient bien empêchées de franchir seules la Manche. Les artistes sont meilleurs passeurs que les marchands. Le séjour de Turner en Europe au tout début du siècle, l’exposition Constable à Paris en 1824 montrent que l’aquarelle est un genre à part entière. Delacroix apprend la technique par l’entremise de son ami J.-B. Soulier qui, élevé en Angleterre pour cause d’émigration, a eu comme maître Copley Fielding. On connaît la beauté des aquarelles que Delacroix réalisa lors de son voyage au Maroc.<o:p></o:p>

    Impossible de citer tous les aquarellistes du XIXe. Fr. Bonvin (1834-1866), J. Delaunay (1828-1891)… Trois noms sortent du lot : J.-Fr. Millet (1814-1875), E. Boudin (1824-1898) et par-dessus tout J. B. Jongkind (1819-1891). Né à La Haye, il se forme auprès d’A. Schelfhout, qui lui enseigne l’aquarelle préparatoire à l’huile sur toile, technique qu’il n’abandonnera jamais, mais sans conteste les aquarelles constituent la part prisée de son œuvre. Présenté par son maître à Eugène Isabey, il le suit à Paris. Il fréquente les peintres de l’école de Barbizon. Il apprend auprès d’eux à boire sans modération, cause à la longue de troubles psychiques tel que délires de persécution. <o:p></o:p>

    Jongkind s’est écarté assez vite du pittoresque qu’Isabey affectionnait pour développer le paysage en lui-même. Sa touche est sûre et nerveuse. La luminosité sans défaut, lumière blanche d’un ciel nuageux en région parisienne, lumière plus jaune d’un paysage rouennais… Par une sorte d’affinité entre le motif et la technique, l’eau a toujours inspiré les aquarellistes. Jongkind aime les bords de mer (illustration), les embouchures, les ports. Une vue du port de Harfleur, par son angle particulier, met la ville en arrière-plan, la mâture d’un navire répondant au clocher de l’église.<o:p></o:p>

    Son influence a été considérable, sur Eugène Boudin son cadet de quelques années, sur Courbet, sur Monet qui déclara – et nul peintre ne saurait rendre plus bel hommage à un autre – : « C’est à lui que je dois l’éducation de mon œil. »<o:p></o:p>

    Samuel<o:p></o:p>

    Aquarelle : atelier et plein air,

    jusqu’au 7 septembre 08, Musée d’Orsay

    illustration : J. B. Jongkind, Vue des falaises et de la plage d'Étretat, 1851 © RMN / Michelle Bellot<o:p></o:p>


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