• Babylone

    Au musée du Louvre<o:p></o:p>

    Babylone l’impérissable<o:p></o:p>

    Présent du 29 mars 08<o:p></o:p>

    Toutes les Babylone sont au Louvre : historiques, mythiques, symboliques. De la statue en diorite du roi sumérien Gudea aux aquarelles réalisées par les archéologues allemands sur le site avant la Première Guerre, quarante siècles passent.<o:p></o:p>

    Le premier chapitre de l’Histoire sainte de Daniel-Rops dresse un tableau synthétique de la situation en Mésopotamie au XVIIIe siècle, lorsqu’un nomade entreprit, pour des raisons religieuses en partie, de remonter le cours de l’Euphrate : il s’appelait Abram et n’était encore qu’un anonyme contemporain du puissant roi Hammourabi, lequel appartenait à une dynastie sémitique qui avait fait tomber l’emprise sumérienne sur la région tout en reprenant grand nombre de ses acquis « civilisationnels ».<o:p></o:p>

    Hammourabi unifia les cités éparses de Mésopotamie grâce à l’établissement du dieu Mardouk sur tous les autres et à la promulgation d’un code unique applicable à tout l’empire. La stèle où figure ce code, qui regroupe 280 articles de droit civil, pénal, administratif, est un pain de sucre, un menhir noir, irrégulier, où les cunéiformes qui le recouvrent dessinent comme une dentelle. Grand bâtisseur, Hammourabi donna à Babylone son rang de capitale, et plus : il la proclama centre du cosmos.<o:p></o:p>

    L’empire attira les convoitises des nombreux migrants qui convergeaient dans la région, sémites, asianiques ou indo-européens. Babylone vit passer des rois kassites, chaldéens, assyriens, sumériens, mais l’instabilité politique n’entrava pas la continuité de la culture babylonienne, et, quand l’Assyrie s’effondra, Babylone renaquît : Nabuchodonosor II lui donna sa seconde période de gloire (605 – 562). Il fut un autre Hammourabi, comme lui adorateur de Mardouk, guerrier et bâtisseur. Il édifia trois palais, protégea la ville avec cinq murailles, édifia la porte d’Ishtar, colossale porte de briques émaillées, ornées en relief de lions, dragons et taureaux qui impressionnent par leur qualité et la fraîcheur de leurs couleurs. Jérusalem, vassale rétive, fut prise en 598 et dut l’être de nouveau en 587 : le Temple fut alors détruit et la population déportée. Le psalmiste écrivit le triste et beau Super flumina Babylonis, le prophète Jérémie ses lamentations, tout en prophétisant la ruine future de Babylone.<o:p></o:p>

    En 539 les Perses prirent Babylone, qui passa au troisième siècle sous domination grecque. La culture babylonienne restait vivace : en l’an 0, des mages chaldéens suivent une étoile vers la Judée ; la dernière tablette cunéiforme est datée de 75 après Jésus Christ. A la même époque, elle est nommée dans l’Apocalypse « la grande prostituée ». Le mythe prend forme et s’instille lentement en Occident via la Bible et les historiens grecs.<o:p></o:p>

    Pour les Pères de l’Eglise, Babylone est l’image de la Rome païenne ; pour les Protestants, celle de la Rome papale – Luther considère la construction du nouveau Saint-Pierre comme un chantier orgueilleux, analogue à celui de la Tour de Babel. Dans les quatrains de Nostradamus, Babylone serait Paris, ville corrompue, réceptacle de vices. Au XXe siècle les Rastas considèrent leur situation analogue à celle des Juifs exilés, Babylone représente la civilisation blanche maudite par un Yahvé noir de peau.<o:p></o:p>

    La ville dans les manuscrits médiévaux est souvent représentée entourée d’un serpent, car on lit dans Daniel qu’un serpent vivant y était adoré, bestiole que le prophète fit crever en lui faisant ingérer d’indigestes boulettes. Les artistes ne la représentent pas autrement que sous l’aspect de la ville où ils vivent : elle est tour à tour une ville mozarabe, flamande, allemande ; la Tour est un donjon sur la terrasse duquel poussent deux arbres, idée que se fait l’artiste des jardins suspendus. <o:p></o:p>

    Des diverses peintures du XVIIe où figure la Tour, il n’y a guère que celle de Bruegel l’Ancien qui soit impressionnante : unique motif du tableau, elle écrase la terre sous elle, bouche l’horizon, arrête les nuées ; sa construction hélicoïdale la fait vaciller déjà, et ses couleurs nuancées jusqu’à un rouge brique infernal annoncent sa destruction. <o:p></o:p>

    Cependant Babylone sut aussi faire rêver l’Occident. Dans un roman du XIIe siècle, Floire et Blancheflor, histoire d’amour entre un prince Sarazin et une esclave chrétienne, Babylone est décrite dans toute sa splendeur, en particulier la tour la plus ancienne des sept cents que compte la ville, dite « Tour aux Pucelles » puisque les cent quarante jeunes femmes du harem royal y sont logées. Elle mesure 400 mètres de haut, est couverte de marbre vert. A son sommet brille une pierre précieuse qui suffit à éclairer la ville la nuit. A ses pieds s’étale un riche verger, traversé par l’Euphrate, « fleuve de Paradis »… <o:p></o:p>

    Samuel<o:p></o:p>

    Babylone,

    jusqu’au 2 juin, Musée du Louvre.<o:p></o:p>

    illustration : Bruegel l’Ancien, La petite tour, 1563 © Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam<o:p></o:p>


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