• Bronzes du Luristan

    Au musée Cernuschi<o:p></o:p>

    Bronzes du Luristan<o:p></o:p>

    Présent du 5 avril 08<o:p></o:p>

    A quatre cents kilomètres au nord est de Babylone (Présent du 29 mars) se trouve le Luristan, une des trente provinces de l’Iran actuel. Le décor change du tout au tout : à la plaine fertile de l’Euphrate s’opposent les vallées de la chaîne du Zagros, isolées les unes des autres ; à l’urbanisme, la vie semi-nomade ; aux témoins nombreux de l’ère babylonienne, la grande ignorance où nous sommes en ce qui concerne cette contrée, signalée à l’attention moderne dans les années trente quand en parvinrent des bronzes spécifiques. L’engouement que leur arrivée provoqua accéléra le pillage des tombes et encouragea la production de faux. Quelques campagnes archéologiques avant la guerre et surtout à partir des années soixante permirent de fixer des repères géographiques plus sûrs, d’exhumer des objets dûment référencés. La révolution de 1979 mit fin à la malsaine curiosité des Infidèles.<o:p></o:p>

    On ignore tout de la civilisation qui a produits ces objets. Tout au plus sait-on que – Luristan signifiant « terre des Lors » – le peuple des Lors s’installa dans la région au cours des IVe et IIIe millénaires, arrivant probablement de la mer Caspienne. Leur langue, le lori, encore parlée, est d’origine indo-européenne (branche indo-iranienne, comme les langues voisines persanes et kurdes).<o:p></o:p>

    A l’âge du bronze (3100 – 1300) comme à l’âge du fer (1300 – 650), des céramiques et des détails iconographiques montrent qu’il y eut des échanges avec la Mésopotamie au Nord, avec l’Elam au Sud. Quelle était la nature du lien des tribus avec les empires constitués ? Contrôle lointain de la puissance sur une région formant une marche ? Ou raids de montagnards sur la plaine qui, une fois repartis dans leurs montagnes, devenaient difficiles à attraper ?<o:p></o:p>

    L’essentiel des objets, bronzes et céramiques, provient de tombes. D’abord collectives, ce sont des fosses rectangulaires à parois de pierres, fermées par des dalles. Plus tard, les sépultures sont individuelles, sans orientation régulière ; le rectangulaire cède le pas à l’ovale ; elles sont parfois signalées, en surface, par des pierres disposées en cercle. Le site de Surkh Dum a livré les vestiges d’un sanctuaire, dans les murs duquel des dépôts votifs ont été retrouvés.<o:p></o:p>

    Les objets se classent en armes (poignards, lames de haches, manches d’aiguisoirs) ; en mors, qui nous rappellent que le cheval a été domestiqué en Mésopotamie dès la fin du IIIe millénaire ; en épingles à disque, lequel disque est orné ; en « idoles », terme retenue pour son étymologie, au sens large de figures, puisque leur usage n’est pas connu. L’idole du musée de Zürich (illustration) présente des signes de basse époque, excroissances en têtes d’oiseaux, motifs décoratifs sur la robe du personnage, les nombreux modèles s’étalant des plus simples et plus anciens aux plus récents et plus contournés. Celle-ci date de l’Age du fer II, c’est-à-dire 1000 – 800/750 av. J. C., dernière époque de la civilisation du Luristan, qui disparaît sans laisser plus de traces.<o:p></o:p>

    Les lames de haches valent soit par la pureté de leurs lignes, soit par leur décoration. Parfois la lame sort de la gueule d’un fauve, à la manière d’un engoulant. Le collet, du côté opposé à la lame, est souvent orné de quatre digitations, qui peuvent se transformer en têtes d’homme ou de sangliers.<o:p></o:p>

    Le bouquetin apparaît partout, et, moins nombreux, félins, lions, chevaux, serpents.<o:p></o:p>

    Une chimère fréquente : un être composite à tête androcéphale et corps de mammifère ailé. Antérieure aux figures néo-assyriennes du huitième siècle avant J. C., elle semble bien les annoncer. Ôtez-lui la coiffure cornue qu’elle porte, vous obtiendrez la chimère qu’on voit en nombre dans nos églises médiévales – je pense à particulier aux chapiteaux de la cathédrale de Viterbe.<o:p></o:p>

    Autre personnage « connu » : celui qu’on nomme dans l’art de ces contrées le maître des animaux, c’est-à-dire Gilgamesh, héros du IIIe millénaire, considéré comme probable prototype d’Hercule, mais la question est plus complexe : G. Dumézil a montré les points communs à l’Héraklès grec, au Starkadre scandinave, au Sisupâla indien. Ici, au Luristan, qui est-il ? On ne peut que constater la diffusion, et vraisemblablement l’adaptation à des cultures différentes, de ce motif de l’homme encadré de deux lions qu’il maîtrise, scène adoptée par les Chrétiens d’Asie (église d’Agthamar au bord du lac de Van, à 600 km au nord ouest du Luristan) et qu’on retrouvera si souvent dans l’art roman où il est interprété parfois comme Daniel dans la fosse aux lions, ce qui nous ramène à Babylone – Babylone, l’omnipotente et brillante voisine pour laquelle les rudes montagnards Lors devaient éprouver un mélange de mépris, de crainte et d’admiration.<o:p></o:p>

    Samuel<o:p></o:p>

    Bronzes du Luristan, énigmes de l’Iran ancien, <o:p></o:p>

    jusqu’au 22 juin, Musée Cernuschi<o:p></o:p>

    illustration : Idole, bronze, H : 18,6 cm, Zürich, musée Rietberg<o:p></o:p>


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