• En lisant les Carnets du Cardinal Baudrillart

    En lisant les Carnets du Cardinal Baudrillart,

    par Xavier Soleil

    Année 1932 - Le Cardinal Baudrillart n’était pas royaliste, encore moins maurrassien, mais c’est sous sa plume – et non sous celle de Léon Daudet – que l’on trouve ces lignes : « Le parlementarisme est de plus en plus répugnant » (27 février 1932). C’est lui – et non Jacques Bainville – qui écrit, au cours du même mois de 1932 : « Quelle indignation dans le monde si, en France, un aventurier étranger au pays en arrivait à mobiliser tout le peuple et à se faire naturaliser pour être élu chef de l’état, avec un programme ultra-nationaliste et belliqueux ? C’est ce qu’on accepte de l’Allemagne. Quelle folie ce fut d’avoir, à la paix, consolidé l’œuvre de Bismarck ? » (26 février).

    La mort de Briand, ce pape du pacifisme ; ses obsèques religieuses... « Il n’était pas révolté à la manière de ceux qui appartiennent à l’Action française. La comparaison s’imposera tout de même...» et, cerise sur le gâteau : « Le ministre de l’Instruction publique prescrit à tous les établissements d’enseignement primaire et secondaire de consacrer samedi toute une classe à célébrer la politique pacifique de Briand et ensuite, à partir de 10 heures, de mettre tous les élèves en congé. » (8 et 9 mars).

    Le Liban, déjà : « Réunion chez les Maronites. Mgr Feghali, M. Ayoub, etc., sont très préoccupés de la prochaine élection à la présidence de la république libanaise. Il y a 45 électeurs, les députés. Les candidats catholiques sont si nombreux et si acharnés les uns contre les autres qu’ils risquent fort de faire passer un musulman. Celui-ci se tournerait vers la Syrie et la Syrie regarde vers la Mecque… » (18 avril)

    Et ce constat désabusé, le 20 avril 1932

     : « Déficit dans le rendement des impôts ; trop faible excédent de naissances en France pour l’année 1931. La tragi-comédie du désarmement se poursuit à Genève, sans autre but que d’arriver à désarmer la France et à l’isoler. »

    « Au nom de la mystique pacifiste, il faut non seulement cacher la vérité, mais la haïr. Le sinistre et stupide Francisque Gay invite dans l’Aube ses démocrates-chrétiens, les uns à se désister et les autres à voter en faveur des radicaux, afin de faire triompher la politique briandiste. »

    « Sed novam aedem ab impiis diu profanatam, dein a Ludovico rege XVIII Patronae Parisiorum restitutam, iterum Christi hostes mortuis suis dedicaverunt. » (extrait du Bréviaire parisien pour la fête de sainte Geneviève). Traduction : le nouvel édifice longtemps profané par les impies, puis restitué par le roi Louis XVIII à la protectrice des Parisiens, les ennemis du Christ l’ont de nouveau destiné à leurs morts.

    « Un grand Français, grand colonial, est mort, le général Archinard. » (9 mai)

    Et si le Cardinal Baudrillart était royaliste – et même maurrassien, à son corps défendant bien entendu ?

    « Heureuse la France, écrit-il le 31 juillet 1932, si, après la guerre de 1870, elle avait rétabli une monarchie, au lieu de sombrer dans une démocratie de forme républicaine où les intérêts particuliers étouffent l’intérêt général ! Quand on compare l’œuvre de redressement national et de rénovation économique accomplie par Mussolini en Italie, sous le couvert de son roi, avec l’impuissance totale de notre régime à réformer, ou à édifier quoi que ce soit, on ne peut que rougir. »

    à lire ses réflexions journalières sur la politique intérieure ou la politique étrangère, à constater l’étendue de ses relations et la connaissance qu’il avait des hommes, on ne peut que se dire que, comme Mazarin ou Richelieu, le cardinal Baudrillart eut fait un excellent premier ministre de la monarchie, et il le savait certainement. Les missions que lui confia, de temps à autre, le gouvernement français, et même sa fonction de recteur de l’Institut catholique de Paris, étaient bien au-dessous de ses capacités.

    « L’agitation continue en Espagne, de caractère révolutionnaire, terroriste, incendiaire, surtout à Grenade. Les prisons regorgent de généraux et d’officiers. Vit-on pareil spectacle sous Alphonse XIII ? » (13 août) 

    « Ah ! pourquoi avoir évacué Mayence, criminelle folie. » (14 août)

    « Aujourd’hui, partout, les gens de gauche peuvent faire ce qu’ils veulent et les gens de droite à peu près rien. » (17 août)

    « Le ministère Paul-Boncour est constitué, le 91e depuis la proclamation de la République en 1870 ; la principale qualité qu’on lui reconnaisse, c’est son incapacité à durer. » (19 décembre)

    « … Voilà la pétaudière politique. Hélas ! il y a aussi la pétaudière catholique. Aujourd’hui le

    cardinal Verdier publie une lettre qui est l’apologie de l’ACJF attaquée avant-hier matin par Castelnau. Que nous sommes loin de cette audience pontificale du 29 décembre 1929 – trois ans – où le pape sembla donner la France catholique à deux chefs, le cardinal Verdier et le général de Castelnau, enfin mit tout son espoir dans l’action catholique que l’on allait organiser. Elle existe aujourd’hui sur le papier, mais elle n’aboutit à rien. » (25 novembre).

    Article en intégralité dans lovendrin n°17.


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