• Hardouin-Mansart

    Au musée Carnavalet<o:p></o:p>

    Bâtir pour le Roi<o:p></o:p>

    Présent du 2 mai 09<o:p></o:p>

    Fils d’un peintre sans renom, Jules Hardouin (1646-1708) apprend l’architecture auprès de son grand-oncle François Mansart, dont à la mort en 1666 il accole le nom au sien. S’agit-il d’une usurpation ? De son vivant, jusqu’à son talent a été nié, parce qu’il était à la tête d’un cabinet, entouré de collaborateurs sans lesquels il n’aurait pu mener à terme les multiples commandes (parmi eux, Robert de Cotte). La jalousie à l’égard d’un homme que le Louis XIV protège continûment de 1673 à 1708, avec ces échelons : Premier architecte du Roi en 1681, anoblissement en 1682, Inspecteur général des Bâtiments en 1691, Surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures en 1699, cette jalousie rassemble un parti que Mansart agace. Saint-Simon en est.<o:p></o:p>

    Qui plus est, l’homme pose avec complaisance sous les aspects de l’homme arrivé plus qu’en tant qu’architecte. Jamais bâtisseur n’avait été autant portraituré : Rigaud, Coysevox, de Troy, Lemoine ont tiré de ce modèle des œuvres parmi leurs plus réussies. Sur le portrait de Rigaud, quelques outils d’architecte et les Invalides ; mais la pose est celle d’un grand de la cour, médaillé. La postérité a retenu cette image de Jules Hardouin-Mansart et pour une part son œuvre a été oubliée au profit des acquis qu’elle lui a mérités ; c’est l’image qu’il a donnée lui-même.<o:p></o:p>

    Versailles occupe Hardouin-Mansart de 1678 à 1689. Il commence à travailler sous Le Brun. Celui-ci règle la décoration intérieure à laquelle il doit se plier pour dessiner les extérieurs : première occasion de froisser les susceptibilités. Louvois succède à Colbert et s’appuie sur Hardouin-Mansart pour avoir les coudées franches vis-à-vis de Le Brun. Versailles se voit doté des ailes Sud et Nord, de la chapelle, de l’Orangerie, des Communs, des Ecuries, du Grand Trianon. Les voûtes de l’Orangerie présentent un appareillage à nu qui reflète le goût français pour la beauté de la pierre et l’intérêt de l’architecte pour la stéréotomie, mêlant courbes et pénétrations. Moins colossales, d’autres voûtes témoignent de sa connaissance de cette partie, à Arles (voûtes de l’Hôtel de Ville), au déambulatoire de la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Roch (voûte annulaire sur plan elliptique, Paris), à la nef de N.-D. de Versailles, aux arches du Pont-Royal (Paris). <o:p></o:p>

    J. H.-Mansart édifie la demeure apollinienne et politique du Roi, bâtit pour son intimité Marly et Trianon, œuvre à sa représentation dans la Cité par le biais des places royales : celle de Dijon, celles de Paris : la place Vendôme et la place des Victoires (illustration). Les façades de ces deux places sont bâties sur le même modèle : un rez-de-chaussée à hautes arcatures en plein cintre, ornées de mascarons ; un premier et deuxième étage, celui-ci moins haut que celui-là, liés par un ordre colossal, corinthien place Vendôme, ionique place des Victoires ; les fenêtres en mansarde sont de deux sortes, en alternance. L’ambiance est très différente, l’une place circulaire et intimiste, façade continue interrompue par les rues rayonnantes (illustration, de nos jours la portion Est manque) ; l’autre à pans et officielle, rythmée par les avant-corps à tympan, traversée par une unique rue dans sa longueur. Le premier projet de la place Vendôme prévoyait même un arc de triomphe.<o:p></o:p>

    Comme à Versailles, comme à Dijon, la façade à la Mansart se déploie à l’horizontale, modelée sans heurts, sur un rythme tranquille. L’impression de verticalité est ménagée par la progression décroissante de la hauteur des niveaux et de la largeur des ouvertures.<o:p></o:p>

    Toute en verticales est l’église des Invalides (1676-1706). Coupes du bâtiment, maquettes permettent de comprendre la structure du bâtiment. L’église est un fruit de la Renaissance romaine : plan centré, dôme sur tambour, façade à ordres. Tellement romaine qu’un projet dotait les Invalides, côté Grenelle, de deux bras en arc rappelant ceux de la place Saint-Pierre. N. Pevsner décèle un académisme statique à l’intérieur, et des prémices baroques dans la façade (Génie de l’architecture européenne, 1941).<o:p></o:p>

    De prestigieux particuliers firent appel à Hardouin-Mansart : pour la famille royale et les grands il construisit hôtels particuliers et châteaux. Les démolitions et les modifications en ont gâté une grande part. Au Marais, l’hôtel de Fieubet a été massacré, l’aile de l’hôtel de Chaulnes défigurée, l’hôtel de Sagonne retouché. Les Orangeries de Sceaux et de Thouars sont heureusement intactes. <o:p></o:p>

    L’œuvre bâti de Hardouin-Mansart, considéré avec objectivité, ne révèle pas un architecte froid et ennuyeux mais un technicien et un artiste, un authentique créateur qu’on prendrait difficilement en défaut. De son ambition de jeune homme, il ne s’est pas montré indigne, pas plus qu’il n’a été indigne des vues de Louis XIV.<o:p></o:p>

    Samuel<o:p></o:p>

    Bâtir pour le roi, Jules Hardouin-Mansart, <o:p></o:p>

    jusqu’au 28 juin 2009, Musée Carnavalet<o:p></o:p>

    illustration : La place des Victoires © Schwa Ltd<o:p></o:p>


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