• Lectures

    Lectures du jour... et de la nuit

    par Mathilde ou Kwasi


    Dominique Lapierre, Un Arc-en-ciel dans la nuit, Robert Laffont, mai 2008, 21 euros.

    Difficile d’ignorer la parution du dernier livre de Dominique Lapierre. Le sujet polémique entre tous en est la création de l’Afrique du Sud. à sa manière talentueuse l’auteur fait un récit épique de l’installation des premiers colons hollandais. Nous vivons les tribulations malheureuses et héroïques des habitants blancs et noirs du pays jusqu’à l’avènement de Mandela. Soyez rassurés vous trouverez les inévitables couplets louangeurs sur le leader de l’ANC. Néanmoins l’ouvrage présente plusieurs intérêts : la vision calviniste de la colonisation, la justification quasi mystique de l’apartheid et de multiples détails sur les débuts de l’exploitation des ressources minières du pays. Si on y ajoute de sérieuses références bibliographiques ce livre un est bon divertissement. - M.


    Robert Hugh Benson, Les Confessions d’un converti, éditions de L’Homme Nouveau, mars 2008, 260 pages, 15 euros.

    Robert H. Benson (1871-1914) s’est fait connaître par son magnifique roman d’anticipation Le Maître de la Terre. Avec cette réédition des Confessions d’un converti, nous passons dans le domaine autobiographique. Benson, jeune prêtre anglican et fils du Primat de Canterbury, raconte avec une grande simplicité son chemin vers l’église romaine. Sa conversion ne prend pas de forme extraordinaire. Pas de vision éclatante à la Mauriac, juste une suite naturelle de petits événements, minuscules appels de la Providence. Les rites anglicans sont passés au crible avec humour. Les positions contradictoires de l’église anglaise vis-à-vis des sacrements, particulièrement de la confession, donnent lieu à des situations cocasses. Le voyage en Terre sainte de l’auteur ajoute au sentiment de l’absurdité d’une église nationale. Et puis surtout il évoque admirablement le rite catholique. Ce livre est tout à la fois un roman, un catéchisme et une longue poésie. - M.


    Alain Le Ninèze, Sator, L’énigme du carré magique, Actes Sud, mai 2008, 250 pages, 20 euros.

    Voici avec ce roman historique une approche sympathique quoiqu’un peu ésotérique de l’énigme du cryptogramme sacré : « Sator arepo… » A. Le Ninèze imagine l’enquête menée par un procurateur de Judée, Lucius Albinus. Ce dernier mandaté par son oncle Balbus Pison, sénateur romain secrètement converti au christianisme, entreprend de déchiffrer le signe des chrétiens. Nous sommes sous le règne sanguinaire de Néron. Albinus doit faire preuve de prudence afin de rencontrer les derniers témoins de la mort de Jésus. Nous suivons la progression de ses recherches à travers la correspondance échangée avec Pison, resté à Rome. Personnages fictifs et réels se mêlent avec habileté et crédibilité. L’auteur jette une lumière nouvelle et originale sur la signification du carré magique. Si la lecture de Carcopino sur le sujet vous rebutait, je vous conseille vivement de vous plonger dans ce livre ! - M.


    Gérard Guyon, Le choix du royaume, éditions Ad Solem, mai 2008, 450 pages, 35 euros (avec une préface de Mgr R. Minnerath).

    En opposant, à la Rome terrestre éternelle, une fin de l’Histoire et une Cité céleste, les chrétiens remettaient en cause jusqu’aux institutions romaines. Refuser d’appartenir à une société dont les dieux traditionnels étaient garants, revenait à passer pour irréligieux, voire athée. Ce n’est qu’au cours du troisième siècle que se dessina, avec des repentirs, une réponse à cette question cruciale : « Comment les chrétiens peuvent-ils, sans perdre leur identité, exprimer à la fois leur condition d’étranger de passage dans la Cité et lui rendre ses devoirs politiques, sociaux, culturels et économiques ? » Asociaux un temps, les chrétiens ébauchèrent peu à peu leur propre notion de citoyenneté, réflexion qui aboutira à réconcilier le croyant et le citoyen, et à établir l’unité juridique ecclésiale. Une analyse de la formation de la conscience politique chrétienne de la Cité, où l’histoire des idées croise nécessairement la théologie, par G. Guyon, professeur d’histoire du droit à l’université de Bordeaux. - K.


    Sylvie Brunel, A qui profite le développement durable ? Larousse, coll. A dire vrai, mai 2008, 160 pages, 9,90 euros.

    L’auteur, géographe & spécialiste des questions du développement (professeur à la Sorbonne), réagit au délire ambiant de l’éco-citoyenneté, fondé sur un réchauffement de la planète ni prouvé, ni forcément néfaste. Jouant sur une peur très humaine, celle de manquer, et établi sur trois mythes, la Nature naturelle, la Nature bienveillante, l’harmonie des sociétés primitives avec la Nature, le développement durable constitue en fait un redoutable moyen de contrôle des sociétés tant du Nord que du Sud par le biais des taxes, du contrôle des naissances et des ordures, et une juteuse source de profits pour les ONG, qui distribuent les bons points et engrangent les subsides, ainsi que pour les entreprises qui se proclamant propres décrochent les marchés. Le Nord comme le Sud y trouvent leur compte : le Sud, en rendant le Nord responsable de la destruction de son patrimoine écologique, en obtient des aides (variation sur le thème de l’appauvrissement causé par la colonisation) ; le Nord, en reprochant au Sud d’aspirer au développement et de produire sale, a plus de légitimité à placer ses propres productions. Nouvelle religion, le développement durable a une morale et des prêtres tournés vers les générations futures mais hostiles à l’homme actuel. Ceux que l’auteur n’hésite pas à nommer Khmers verts sont par contre favorables à l’animal : les grands mammifères en Afrique ou les animaux sauvages réintroduits en Europe finissent par avoir plus de droits que ce petit mammifère inférieur qu’est l’homme coupable, le pauvre dont la vieille voiture pollue ou la mère de famille qui ne peut transporter sa progéniture sur son porte-bagages ni la nourrir au bio. En fait, le développement durable est un concept basé « sur le mode de vie et les besoins d’un homme adulte dans la force de l’âge, résidant en ville et plutôt aisé. » - K.


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