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    Voltaire tel qu’en lui-même...

    Les contemporains avaient noté le caractère dogmatique, intolérant et sectaire des Philosophes français et de Voltaire tout particulièrement. Mais Condorcet, en publiant la Correspondance du Maître, l’avait amicalement expurgée de tout ce qui pouvait nuire à son image. Plus récemment, les sérieux auteurs du Dictionnaire général de Voltaire (2003) avaient pris le soin, par des notes euphémiques et des glissando habiles, d’en guider la lecture : une paire d’œillères, pour ainsi dire, était fournie avec. Une lecture objective, un dépouillement des textes et des volumineuses correspondances du XVIIIe, auront eu raison de ces travestissements: avec Voltaire méconnu, le Pr. Xavier Martin signe un «Voltaire mis à nu» aussi inattendu (et pour certains aussi scandaleux) que le fut la sculpture de Jean-Baptiste Pigalle.

    Le Voltaire dépeint ici (colérique, rancunier, hypocrite, jaloux, méprisant, haineux) s’éloigne radicalement du buste ordinaire ; et, s’il est normal de séparer un homme de son œuvre, dans le cas de Voltaire qui eut le rôle d’un donneur de leçons on est fondé à les rapprocher car il apparaît, d’une part, que des défauts fort répandus dans l’humanité atteignent chez lui un seuil pathologique et que, d’autre part, son tempérament est trop en contradiction avec les idées qu’il professa pour qu’on ne puisse pas parler d’hypocrisie. D’autant plus qu’outre les défauts communs Voltaire en cultiva de plus rares, comme celui de dénonciateur ou d’embastilleur. Le Pr. Martin avait dans un précédent ouvrage (L’Homme des droits et l’homme et sa compagne) évoqué le racisme voltairien ; ce racisme se relie très logiquement à sa haine de l’humanité en général, à sa haine de l’homme fait à l’image de Dieu - notion insupportable pour Voltaire.

    On mesure page après page l’ignominie d’un Voltaire souvent monomaniaque ; on finirait pas trouver Rousseau sympathique. C’est assez indiquer le caractère de l’œuvre et de l’homme.

    Xavier Martin, Voltaire méconnu, Aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800), Dominique Martin Morin, septembre 2006, 350 pages, 26 euros.

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    Maurras enfin

    Tous les auteurs passent par une période de purgatoire, mais c’est des enfers qu’il fallait avoir le courage de tirer Maurras. Stéphane Giocanti le fait avec succès avec sa biographie Maurras, Le chaos et l’ordre. Il aborde les questions compromettantes (l’antisémitisme, la Collaboration) avec une hauteur de vue paisible qui fâchera, j’imagine, ceux qu’elles rendent hargneux. Par ailleurs écrire la vie de Maurras nécessitait un solide appétit intellectuel : matériellement, la tâche avait assez d’ampleur pour effrayer les bonnes volontés puisque la vie de Charles Maurras représente soixante-dix années d’activités politiques et littéraires « non-stop ». Cela aussi, l’auteur l’a mené à bien, sans pédantisme aucun, mais de façon vivante; il fallait ce ton pour évoquer un auteur qui, à l’inverse de l’image qu’on pouvait avoir de lui, celle d’un homme tout en matière grise, se révèle bon vivant et grand amoureux.

    Le sous-titre de la biographie « Le chaos et l’ordre » ne doit pas induire au faux sens : pour Maurras l’ordre n’est pas un ordre policier, un ordre sarkozyen lacunaire et d’apparence, mais - le pléonasme est nécessaire - un ordre cosmique ; l’ordre opposé au chaos, c’est la lumière opposée aux ténèbres - une notion d’exigence, d’élévation intellectuelle et spirituelle.

    Stéphane Giocanti, Maurras, Le chaos et l’ordre, Flammarion, septembre 2006, 576 pages, 27 euros.


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