• Les masques au XIXe

    Au musée d’Orsay<o:p></o:p>

    Haut les masques<o:p></o:p>

    Présent du 13 décembre 2008<o:p></o:p>

    Il n’y a pas de culture primitive sans masques, et pas de passage à une organisation supérieure sans leur abandon. Ils se replient alors dans le théâtre (souvent d’extraction religieuse) et dans la salle de jeux. Profanes, ludiques, les masques continuent d’accompagner l’homme qui ne parvient jamais à vraiment s’en débarrasser, tenu qu’il reste par une fascination originelle liée à la jettatura – titre et sujet d’un conte de Th. Gautier.<o:p></o:p>

    Le masque mène une vie également artistique. Il est un parallèle du portrait, plus présent qu’on ne croie. Le foisonnement de masques entre 1860 et 1910 témoigne de la vitalité du thème. La découverte des masques japonais puis africains contribue ces années-là à relancer l’intérêt pour lui. Les masques pénètrent jusqu’à la littérature : Remy de Gourmont intitule ses portraits d’écrivains contemporains Le livre des masques (1896 et 1898), illustrés des masques de chacun dessiné par Félix Valloton ; Marcel Schwob publie un recueil de contes, Le Roi au masque d’or (1892), dans lequel, souligne-t-il, « il y a des masques et des figures couvertes… »<o:p></o:p>

    En guise d’introduction, une belle tête feuillue gothique (prêtée par le musée de Cluny), l’Allégorie de la Simulation par Lorenzo Lippi (musée des Beaux-Arts d’Angers) illustrent les rôles que peut endosser le masque, ornement architectural sous le nom de mascaron, ou accessoire symbolique. <o:p></o:p>

    Le masque de Méduse a connu dans l’art occidental un succès qui ne se dément pas. Il exprime à lui seul le summum de l’œil magique conduisant à la paralysie. Interprété de façon classique et puissante par Arnold Böcklin (papier mâché et doré), il a donné lieu à des adaptations plus ou moins heureuses : J.-B. Amy réalise un Masque de femme tirant la langue, entouré d’éponges (1899), où à l’image antique s’ajoute l’apport de l’étude des rictus faciaux menée par J.-B. Charcot ; G. Dumontet conçoit un bronze électrifié : la chevelure est parsemée de loupiottes, ça date de 1906 et c’est un avertissement à ceux qui s’empressent de mêler les nouvelles technologies à l’art.<o:p></o:p>

    Zacharie Astruc (1835-1907) sculpta une Méduse qui inspira un texte lyrique à Léon Bloy (« La Méduse Astruc », 1875) : l’écrivain espérait la pétrification définitive du bourgeois. Ici le sculpteur est représenté par des masques de célébrités (en plâtre), études pour Le Marchand de Masques (1886), bronze réalisé pour le Jardin du Luxembourg. Celui de Victor Hugo est brandi, ceux que le jeune homme tenait à la main ont été volés (le poète Banville, le comédien Coquelin cadet et Gambetta) ; les autres garnissent le socle. Ce n’est pas de la grande sculpture : la roche carpéienne n’est pas loin. <o:p></o:p>

    Ce marchand de masques illustre la passion pour l’image des grands hommes, artistes en tête, héritée du siècle précédent. Les bustes, les monuments, quand ils étaient posthumes, exigeaient une documentation, souvent fournie par les masques mortuaires. Opération délicate pour le praticien, pénible pour la famille, la réalisation d’un masque est jugée obligatoire en proportion de la gloire du défunt, ce qui n’écarte par l’intention filiale. Antérieurs à l’intervention artistique et à la résurrection, les masques mortuaires ont leur étrangeté propre, l’image qu’ils donnent de la personne est, du fait de la passivité du procédé, relativement fausse.<o:p></o:p>

    Dans l’atelier du sculpteur, le masque naît parfois d’un accident survenu lors du moulage, il est ce qu’on sauve en priorité d’une terre abîmée. L’homme au nez cassé de Rodin est la partie rescapée d’une terre victime du gel et de l’éclatement. Rodin pour le projet du monument Balzac poussa les études sur la voie du masque de l’écrivain, de même qu’il s’acharna à modeler le « masque » typé de l’actrice Hanako.<o:p></o:p>

    Le masque, héritier du mascaron, fut une des préoccupations de Jean-Joseph Carriès, masque « grotesque », « de rire », « d’horreur ». Il adapta également le masque à l’autoportrait, ou plutôt l’autoportrait au masque, objet de déformation, d’aplatissement, de rictus, auto-dérision répétée qui révèle un mal-être qui imprègne son œuvre les années passant. Moins attendu, un grand vase en grès émaillé est orné de deux masques qui font corps avec le récipient, le transformant en un vase Janus. Minuscule en comparaison, le Double vase au masque de femme par Gauguin, pot en grès (émaillé hormis le visage), a plus de présence.<o:p></o:p>

    « De Carpeaux à Picasso » : les termes sont médiocres, ce qu’ils enclosent l’est moins. Le mascaron de Charles Cordier (illustration), Le Silence d’Auguste Préault (étude pour un monument funéraire du Père-Lachaise), les Apollon de Bourdelle… chacun dans leur matière et à leur manière, exprime la fascination exercé par notre faciès.<o:p></o:p>

    Samuel<o:p></o:p>

    Masques, de Carpeaux à Picasso,

    jusqu’au 1er février 2009, Musée d’Orsay.

    Illustration : Ch. Cordier, Mascaron décoratif, 1867 © Musée d'Orsay, Patrice Schmidt<o:p></o:p>


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