• Monnaie verte

    Monnaie verte

    3 francs, 6 sous

    Constatant que 98 % de la monnaie est capitalisée, la Mairie de Toulouse s’apprête à battre une monnaie alternative qui ne sera pas rémunérée et ne gardera sa valeur qu’à condition d’être utilisée. Revenir au franc est une pensée économique suspecte d’arriérisme et de repli sur soi, mettre en circulation une monnaie verte autre que le dollar est un acte des plus vertueux. « L’idée d’une monnaie complémentaire est d’empêcher la spéculation en rémunérant des biens et des services éthiques, d’utilité écologique, sociale et collective », expliquait en novembre 2010 le Conseil de développement de la grande agglomération toulousaine.

    Le « Sol-violette » – sol comme « solidaire », et violette, la récompense des Jeux floraux – sera testé à partir du mois de mai dans une zone limitée. Il faudra débourser 15 euros d’adhésion à l’association Sol-violette, le FMI local. L’adhérent changera alors des euros contre des sols, chargés sur une carte à puce, et les dépensera chez les commerçants et en services « respectueux de l’homme et de la nature », une quarantaine pour commencer : commerce équitable, épicerie solidaire, autopartage, mode éthique, cinéma d’art et d’essai… Le fisc, entreprise dont la durabilité et l’éthique ne sont pas à démontrer, ne participe pas. Ni les revendeurs d’herbe, ni les marchandes d’amour. A moins d’un succès dépassant toutes les espérances !

    Un élu décrit le fonctionnement du circuit. « Vous achetez un produit en sols dans un magasin Biocoop. Avec ses sols, le magasin pourra aller faire réparer son véhicule dans un garage associatif. Et le garagiste pourra aller voir un film au cinéma Utopia. » Si le véhicule est en état de marche, le garagiste regardera TF1 chez lui et ne s’en portera pas plus mal. Et si, par réflexe capitaliste, il ne dépense pas ses sols, ils seront dévalués de 2 % au bout d’un trimestre et ce « pour favoriser les échanges », version moralisée de l’incitation à la consommation.

    Cette expérimentation régressive ramènera-t-elle l’humanité au troc ? Les monnaies parallèles solidaires tentées dans quelques villes françaises, allemandes ou argentines, ont échoué. Au bout de quelques mois, les clients échangeaient, comme au retour d’un voyage, une monnaie de singe contre un euro trébuchant mais encore sonnant. A Toulouse, échanger ses sols contre des euros sera possible en s’acquittant d’une taxe de 5 %, a précisé Mme Caro, l’une des Strauss-Kahn de l’association Sol-violette. Cette taxe alimentera un fonds en faveur des projets d’économie solidaire, c’est vague, mais en euros – ça l’est moins. D’ailleurs les édiles toulousains, socialistes et apparentés, ne seront pas rémunérés en sols. Ils désapprouvent le Monopoly, mais pas la Bonne Paye.

    Martin Schwa

    Présent
    Article extrait du n° 7326
    du Mardi 12 avril 2011

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