• Mosaïque contemporaine

    La mosaïque semble un art lointain: byzantin; et quand elle est proche de nous géographiquement, c’est par le temps qu’elle paraît lointaine : antique, médiévale – là encore, plus orientale qu’occidentale. Curieusement, la technique la plus moderne n’est pas sans rapport avec la mosaïque: le pixel (

    picture element, l’ «atome» d’une photographie numérique, l’élément irréductible) est le descendant de la tesselle, le petit cube de pierre. La comparaison s’arrête là : car dans le numérique plus il y aura de pixels, plus la définition sera bonne, tandis que dans la mosaïque le morcellement extrême des tesselles et le raffinement des détails sont la marque d’une pratique décadente, de l’abandon de l’esprit de la technique. La mosaïque se doit d’être de mauvaise définition. Son caractère fruste et naïf est le gage de sa fraîcheur. Cette fraîcheur se retrouve dans les œuvres de Marie-Agnès Mathieu, exemple de la pratique contemporaine d’une technique primitive.

    Lovendrin.— Vous êtes jeune, mais juxtaposer de petits cailloux, à votre âge ! Comment êtes-vous venue à cette technique si particulière ?

    M.-A. MATHIEU.— Le hasard et une certitude en sont la cause. La certitude que si je voulais continuer à travailler dans l’atelier où j’ai appris le b-a-ba du dessin, il me fallait trouver une technique autre que le dessin pur. Le hasard : lors d’un voyage en Italie je suis restée éblouie devant les mosaïques de Ravenne. Elles étaient aussi fraîches qu’une rose, époustouflantes de jeunesse et de dynamisme. Elles n’avaient que 1400 ans.

    Lov.— Quelle formation avez-vous suivie ?

    MAM.— Délibérément, je n’avais pas voulu entrer aux Beaux Arts de Marseille après mon bac. Je suis partie dans un atelier d’art privé dirigé par Albert Gérard. Je n’ai pas été déçue : là j’ai pu réellement apprendre à dessiner. Et puis j’aimais cette atmosphère d’atelier où mille projets naissaient, où il fallait toucher à toutes sortes de techniques. En ce qui concerne la mosaïque, je suis allée par deux fois en Italie à la CISIM près de Ravenne où on enseigne la technique. Après, la pratique, l’expérience ont fait évoluer ma technique et maintenant elle ne ressemble plus beaucoup à celle que j’ai apprise.

    Lov.— Grosso modo, quelles sont les étapes d’une réalisation ?

    MAM.— Tout commence par écouter le commanditaire. Quelqu’un qui veut un pavement à l’entrée de sa propriété, qui veut orner une niche vide, un oratoire. Ce sont toujours des projets liés à l’architecture : maison, église, terrasse, piscine, fontaine… Pour cette raison il faut observer le lieu de pose, les matériaux de la construction, les couleurs, la lumière, l’exposition. Il faut cerner le dessein du commanditaire, connaître ses goûts. Ar

    rive alors le temps de la création. Je dessine et peins la maquette, en général à l’échelle. Pour s’aider on la dispose à l’endroit où la mosaïque sera placée, cela permet de mieux déterminer la composition et les couleurs. Souvent plusieurs maquettes sont nécessaires.

    Lov.— Et une fois que l’artiste et le commanditaire sont satisfaits du projet ?

    MAM.— Commence alors la réalisation en atelier, à l’envers, sur papier kraft. Un travail de patience et d’émerveillement : les couleurs qui changent d’intensité en fonction de la couleur voisine, les rebuts de coupe les plus biscornus qui trouvent leur place à côté des tesselles bien cubiques – sans eux la ligne n’aurait pas bien tourné, le dessin aurait été raide et sans vie.

    Lov.— Pierre, pâtes de verre, quels matériaux ont votre préférence ?

    MAM.— Les deux, et les autres : galets, dalles de verre, smalt, débris de vaisselles, coquillages… Le plus important est de bien choisir ces matières en fonction du lieu où elles seront incorporées, au sol, dans un mur, une cavité, etc. Une mosaïque réussie est une mosaïque qui semble être là depuis toujours.

    Lov.— Je reviens en arrière : vous avez dit que la réalisation a lieu « à l’envers ». N’est-ce pas compliqué, ou trompeur ?

    MAM.— Non, Chaque tesselle est collée sur sa face, puis quand le panneau est achevé je coule un mortier sur l’envers. Le tout est retourné, le papier kraft enlevé et les tesselles nettoyées des traces de colle. L’œuvre est faite. Il ne reste plus qu’à la poser dans le lieu défini. Le collage se fait avec des colles de carrelage très efficaces, qui garantissent un très bon accrochage. Pour des petites mosaïques, on peut utiliser des colles à base de résine, plus légères.

    (Propos recueillis par Samuel.)

    Contact: M.-A. Mathieu, La Vialle, 84330 Le Barroux

    ou en nous contactant par e-mail

     

     

     


  • Commentaires

    1
    lool
    Dimanche 14 Octobre 2012 à 23:57
    allez vous faire foutre
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