• Puy-en-Velay

    L’islam au Puy-en-Velay

    Dans son discours du Puy-en-Velay (voir Présent de samedi), Nicolas Sarkozy a présenté le soin du patrimoine comme clef du « vivre-ensemble » ; rappelé avoir salué les « racines juives de la France » ; s’est extasié devant la Vierge noire, « dont la peau n’avait pas la même couleur que celle des fidèles qui venaient la vénérer au Moyen-âge ». C’est tout lui.

    Retournons aux portes sculptées. « Il est difficile de passer devant les antiques portes de cèdre de la Cathédrale et leurs inscriptions en langue soufique sans être impressionné et ému de cette rencontre entre la langue de l’Islam et l’architecture romane ! » Que Sarkozy ait dit « langue soufique » ou « langue soufi », l’expression est absurde, il faut comprendre « écriture coufique », c’est-à-dire : graphie arabe. Certains prétendent que ces inscriptions proclament que « la souveraineté est à Allah ». Ce serait alors, en effet, plus qu’une rencontre, un véritable cas de syncrétisme religieux.

    Certains proposent d’autres lectures, dans le même esprit, mais qui se discréditent les unes les autres et l’incertitude confirme l’avis plus communément partagé : les inscriptions ne signifient rien. C’est du pseudo-coufique. La calligraphie arabe a inspiré un motif décoratif. L’influence orientale sur l’art roman est forte, l’influence musulmane est occasionnelle. Même si elles se recoupent parfois, ce sont deux influences bien différentes.

    L’Orient, au Moyen Age, était une réalité et une féérie, et l’islam une partie de la réalité et, de temps à autre, un élément de la féérie. Réalité des pèlerinages, des croisades, du commerce ; féérie des légendes et des récits des voyageurs. L’Orient se confondait moins qu’aujourd’hui avec l’islam : la reconquête comme les croisades, comme l’établissement de royaumes chrétiens, avaient permis la reprise des échanges commerciaux et culturels entre Orient et Occident, auxquels l’extension de l’islam avait été le pire obstacle.

    Qu’il ait subi une influence mozarabe, c’est-à-dire chrétienne, ou qu’il se soit inspiré d’un texte arabe, rapporté comme document et motif exploitable, l’artiste n’a probablement voulu autre chose qu’évoquer cet Orient fabuleux, qu’évoque aussi l’allure générale de la cathédrale. Les inscriptions pseudo-coufiques du Puy-en-Velay témoignent de l’extraordinaire curiosité intellectuelle de l’Occident médiéval, de l’appropriation des mondes les plus exotiques au nom de l’universel : le catholicisme. Et non d’une rencontre métissée, interreligieuse.

    SAMUEL

    Présent du 8 mars 2011

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