• Saint-Aubin (Gabriel de)

    Au musée du Louvre<o:p></o:p>

    Saint-Aubin intra-muros<o:p></o:p>

    Présent du 15 mars 08<o:p></o:p>

    « Il est de ces familles qui vivent d’une industrie tellement rapprochée de l’art, qu’un beau jour les enfants et les petits-enfants sautent à pieds joints par-dessus l’industrie paternelle, et passent à l’art. » On ne saurait mieux parler des Saint-Aubin – ce sont les Goncourt qui parlent. Ces pépinières sont un trait de la société d’ancien régime déjà évoqué dans nos colonnes (les Parrocel, peintres, les Bra, sculpteurs, les Couperin, organistes).<o:p></o:p>

    Des nombreux enfants de Gabriel-Germain, brodeur du Roi, deux restèrent dans les métiers d’art : Charles-Germain fut dessinateur de broderies et dentelles, Louis-Michel fut peintre sur porcelaine à la manufacture de Sèvres.<o:p></o:p>

    Deux fils sautèrent le pas : Augustin fut graveur du Roi, il illustra des livres, des brochures, travailla pour le compte du Duc de Chevreuse à des planches détaillant les richesses de son Cabinet d’Histoire naturelle. Gabriel-Jacques (1724-1780), à qui le nom doit de survivre, se destinait d’abord à la peinture d’histoire, à l’allégorie ; trois échecs à l’Académie (1752, 53 et 54) blessèrent son amour-propre, il abandonna alors tout projet de carrière officielle, rejoignit l’Académie de Saint-Luc. « C’était là une académie au goût de Saint-Aubin : académie irrégulière, suspecte, avec des expositions intermittentes, vivant entre la tolérance et la menace… méprisée et pourtant haïe, tracassée et poursuivie par l’Académie royale. » (Les Goncourt encore.) Changement total de perspective : il renonce au prestige social et à la recherche d’un beau idéal. Il traquera le motif autour de lui, dans les rues de Paris – un Paris ramassé, pas encore accru, grosso modo, des arrondissements 13 à 20. L’essentiel de son œuvre sera dessiné, sa technique informelle, mêlant les crayons, les craies, la plume, le lavis et l’aquarelle, l’artiste les asservissant à l’effet qu’il veut obtenir.<o:p></o:p>

    La grande histoire abandonnée, ses dessins sont d’un chroniqueur : l’incendie de l’Hôtel Dieu en 1772 (illustration – pierre noire, encre de Chine, aquarelle et gouache), Louis XVI posant une première pierre, Louis XVI rétablissant le Parlement, l’interdiction d’enseigner faite aux Jésuites, un cours public au collège royal de Pharmacie en 1779 ou une leçon du chimiste Sage la même année : on connaît le succès de ces cours qui, ouverts à tous, véhiculèrent et vulgarisèrent le matérialisme des Lumières.<o:p></o:p>

    Dans la rue, il attrape au vol un entretien galant, dessine la promenade sur les boulevards ou une boutique de mode. Il est partout chez lui, y compris à Notre-Dame, où il entreprend, pendant un sermon du Vendredi saint, de dessiner le prédicateur – l’anecdote est racontée par son frère. « Les personnes placées près de lui le regardèrent faire ; celles de devant se retournoient, celles de derrière se haussoient sur leurs chaises. Enfin il attira si fort l’attention des auditeurs que le prédicateur suspendant son discours dit : « Quand les yeux seront satisfaits, j’espère qu’on me prêtera l’oreille. »<o:p></o:p>

    Un autre jour il est encore à Notre-Dame, mais pour la dessiner pavoisée des drapeaux pris aux Anglais. Les monuments l’intéressent autant que les gens, pourvu qu’ils soient comme eux parisiens. Il a laissé une œuvre marginale : muni des volumes de la Description de Paris et des environs de Piganiol de la Force, il illustre le texte dans les marges étroites : un lutrin, des voûtes, une perspective, etc. Dessin précis, dessin technique, pointilleux, admirable autant par l’exactitude que par la petitesse. Mais Saint-Aubin ne franchit pas les portes : les marges des volumes consacrés aux alentours de la capitale sont restées vierges.<o:p></o:p>

    Dans la même veine, il illustre de marginalia les catalogues de collections d’art, de ventes de peintures, où les chefs-d’œuvre sont évoqués en format timbre-poste à l’aide de quelques traits, quelques tâches – nouveaux chefs-d’oeuvre. Les ouvrages ainsi illustrés constituent des pièces uniques. <o:p></o:p>

    Saint-Aubin, dit son frère, se faisait remarquer « par sa malpropreté et son talent ». Les deux avaient progressé ensemble. Ne vivant que pour dessiner, il négligea hygiène et santé, devenant peu à peu farouche et asocial. Au moment de sortir, avec une de ses craies blanches il se poudrait les cheveux et frottait ses bas pour les rafraîchir : sa toilette était faite. Utilisation du rehaut qui prouve que Saint-Aubin ne distinguait plus l’art d’avec la vie courante. A sa mort il laissa ses affaires dans le plus grand désordre, linge sale et dessins en vrac dans son logement de la rue des Prouvaires. Un de ses derniers dessins, La chambre de l’artiste – celui-ci y repose malade et condamné –, laisse entrevoir la piété, inattendue, de Saint-Aubin : un Christ en croix et une Madeleine, deux peintures dans le dessin qui sont plus que de simples œuvres.<o:p></o:p>

    Samuel<o:p></o:p>

    Gabriel de Saint-Aubin (1724-1780),

    jusqu’au 26 mai, Musée du Louvre, aile Sully.

    illustration : L’incendie de l’Hôtel-Dieu, musée Carnavalet © G. Poncet<o:p></o:p>


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