• Thraces

    Au musée Jacquemart-André

    Un âge d’or et d’argent

    Présent du 28/10/2006


    Les Thraces évoquent la colonne Trajane qui relate la victoire romaine sur les Gètes, une dynastie thrace, ou l’aventure de Spartacus, thrace déserteur de l’armée romaine : capturé et condamné à l’esclavage, il entraîna à sa suite les esclaves dans un soulèvement qui faillit coûter cher aux Romains. On a voulu en faire un marxiste ; il l’était dans la mesure où il sut exploiter des rancoeurs.<o:p></o:p>

    L’exposition « L’or des Thraces » au musée Jacquemart-André permet d’avoir une idée plus précise de ces tribus guerrières indo-européennes qui occupaient grosso modo le territoire de l’actuelle Bulgarie. Entourés de voisins variés (Grecs, Celtes, Scythes) qu’ils éblouirent de l’or rutilant de leurs harnais et de leurs armes, les Thraces transmirent, à l’occasion des guerres, leur savoir-faire en matière de métallurgie, mais aussi des mythes de la première importance : Dionysos et Orphée (pour ne citer que les principaux) sont arrivés en Grèce depuis chez eux. Que Dionysos ait fini par faire figure d’un paillard éméché ; que d’Orphée il ne soit guère resté que l’épisode de la perte d’Eurydice qui se prête si facilement à un mélo, rien de cela ne doit faire oublier le caractère sacré de ces mythes à l’origine, et d’une violence toute primitive. Ce que les décors de nombre de pièces exposées au musée Jacquemart-André suggèrent, c’est le culte de la Grande Déesse Mère, le sacrifice violent par démembrement, manière typique du Dionysos thrace (ainsi moururent Orphée, Diomède et maints personnages) ; c’est le sacrifice du Taureau de l’été dionysien lors du passage au Soleil hivernal apollinien ; c’est l’homme et le cheval associés dans des chasses initiatiques et des rituels. Rappelons que la lecture freudienne ou plus généralement psychanalytique des mythes n’est fondée sur rien de probant : les recherches archéologiques et les études aussi intuitives que savantes de Robert Graves ont montré leurs significations religieuses et historiques.<o:p></o:p>

    Les premières parures nous renvoient aux IIIe et IIe millénaires. Il est difficile de se projeter si loin ; en somme, cette époque est symétrique à la nôtre par rapport à une virtuelle Année Zéro. L’essentiel est ensuite des IV-IIIe siècles av. J. C., en quatre parties, chacune correspondant à une peuplade thrace : les Gètes, les Triballes (vaincu par Alexandre le Grand), les Besses et les Odryses. Ce sont divers gobelets et coupes, toute une vaisselle religieuse destinée à des libations ou simplement votive, ainsi que de rares éléments militaires, comme un casque en bronze avec applications d’argent, d’une réelle beauté plastique, ou une série d’appliques de harnais (cf. ill.). D’une manière générale, le travail de l’or et de l’argent est admirable, que la vaisselle ait été fondue ou travaillée à partir d’une plaque avec un décor en repoussoir.<o:p></o:p>

    Le visiteur n’a pas à craindre d’être dégoûté par trop de rhytons et de phiales : l’exposition est à taille humaine. Il est conseillé d’acheter, en même temps que le billet, le livret de visite (1,50 euro), bien commode à lire au fil des vitrines.<o:p></o:p>

    Samuel<o:p></o:p>

    L’or des Thraces

    Musée Jacquemart-André, jusqu’au 31 janv. 2007

    légende de l'illustration: Applique, 4e siècle av. J.-C., (c) NHM/HM Lovech/Rosen Kolev


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