• Crinolines et 2nd Empire

    Au musée Galliera<o:p></o:p>

    Des robes de princesse<o:p></o:p>

    Présent du 17 janvier 2009<o:p></o:p>

    A-t-on jamais autant modifié la silhouette féminine qu’avec la crinoline ? Les caricaturistes ne manquèrent pas de dénoncer le tour de magie qu’elle permet : telle femme plate dans son cabinet de toilette en sort plantureuse.<o:p></o:p>

    Le mot « crinoline » vient de l’italien crinolino, mélange de lin et de crin. Il est utilisé en France vers 1830 pour désigner un jupon gonflé et raidi de crin. Sa carrière publique commence en 1845 ; le crin est remplacé en 1856 par des fanons de baleine, qui laissent la place en 1859 à une cage formée de cerceaux métalliques reliés par des sangles. Sa forme a varié au fil du temps : elle est ronde, s’aplatit aux hanches, se projette vers l’arrière. La crinoline est une jupe auquel est toujours associé un corsage laissant les épaules nues, parfois plusieurs corsages qui permettaient d’adapter la tenue, plus ou moins décolletée, aux circonstances. <o:p></o:p>

    D’abord unies ou discrètement rayées, dans des tons pastels, les crinolines se firent plus voyantes grâce aux chimistes qui inventèrent des couleurs synthétiques telles que le fuchsia et le mauve. Carreaux et rayures devinrent très prisés. <o:p></o:p>

    Née avant le Second Empire, l’heure de gloire de la crinoline fut celle des bals impériaux. Quelques accessoires alliant commodité et élégance complétaient alors l’équipement des dames, tels que mantelets, manchons, ombrelles, carnets, éventails parfois équipés de porte-bouquet…Bals officiels, bals privés, bals costumés étaient quasi-quotidiens. Lors du bal que donna la duchesse d’Albe pour fêter la réunion de Nice et de la Savoie à la France, tandis que le couple impérial, rang oblige, se contentait de masques et de dominos, la princesse Mathilde apparut en Nubienne : « elle portait une robe brune et un burnous blanc ; sa tête, ses épaules et ses bras teintés de bistre », se souvenait, ému, Imbert de Saint-Amand. Le musée Galliera a réuni un bal fantôme de merveilles anonymes ou historiques, vestimentaires et iconographiques. Les modestes dessins de mode côtoient l’ambitieux et lourd portrait d’une Inconnue à la mantille par F. X. Winterhalter (1869). Voici, tirés de la garde-robe de la princesse Mathilde, une de ses robes, à rayures noires et rouges, un manchon inouï, en plumes de paon et de lophophore (le lophophore n’est pas une invention d’Alexandre Vialatte mais une sorte de faisan afghan).<o:p></o:p>

    L’impératrice Eugénie était réputée pour son élégance (ill.). On lui reprocha un intérêt trop vif pour la mode, sa « frivolité » – comme à Marie-Antoinette pour qui elle avait une grande admiration. (Elle s’inspira d’ailleurs des portraits de la Reine par Vigée-Lebrun pour s’habiller.) En réalité, vêtue très simplement dans la vie quotidienne, elle avait conscience de l’importance de sa tenue dans les situations officielles. Imbert de Saint-Amand, encore, notait en 1895 : « il n’y a pas au monde de contraste plus saisissant que celui qui existe entre ses toilettes éblouissantes d’autrefois et sa robe de veuve, sa robe de laine noire d’aujourd’hui. » Il reste de la garde-robe d’Eugénie des corsages, un mantelet, un boléro, un écran offert par les Dames Israélites d’Alger lors du voyage en Algérie. <o:p></o:p>

    Véritables « robes de princesse », les crinolines ne furent pas réservées aux dames de la haute société, les cocottes et demi-mondaines alors florissantes en portaient aussi, comme en font foi les lavis de Constantin Guys. <o:p></o:p>

    Avec la crinoline, la marchande à la toilette disparaît et l’on assiste à la naissance et du prêt-à-porter, et de la haute couture : la mécanisation de la fabrication de la dentelle, le développement des grands magasins qui proposent des modèles de robes sur catalogue assurent une diffusion en nombre, tandis que l’excellence du faire français et du goût parisien triomphe lors des expositions universelles, en matière de mode ainsi que dans la parfumerie et la bijouterie. Le traité de commerce entre la France et l’Angleterre (23 mai 1860) favorise d’une part l’importation des matériaux et produits industriels anglais, d’autre part l’exportation des articles de modes, de fantaisies, des soieries, des vins et spiritueux. <o:p></o:p>

    La France vit encore sur cette réputation d’excellence, mais à notre médiocre manière de s’habiller correspond un vocabulaire pauvre. Sorti du coton, du polyester, du col en V, nous n’avons plus grand-chose à dire. Les descriptions de crinolines raviront les poètes d’une authentique joie lexicale : « mousseline pékinée mauve sur fond crème, blonde, tresse de satin mauve et franges de pois parme », « faille façonnée, brochée de soie rose et crème avec ruché de satin formant plastron », « taffetas de soie violet, biais de satin noir et dentelle de Cluny noire »… <o:p></o:p>

    Samuel<o:p></o:p>

    Sous l’Empire des crinolines (1852-1870),

    jusqu’au 26 avril 2009, Musée Galliera.<o:p></o:p>

    Illustration : L’Impératrice Eugénie, vers 1861. Photographie de Mayer & Pierson

    © S. Piera / Galliera / Roger-Viollet.<o:p></o:p>


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