• Femmes artistes

    Au centre Pompidou

    Les femmes à l’œuvre

    Présent du 12 septembre 09

    « Elles@centrepompidou » n’est pas tant une exposition qu’un éclairage porté sur les collections du musée sous l’angle féminin. Une lecture de l’histoire de l’art du vingtième siècle, pour rendre hommage à la femme artiste et déterminer la particularité de sa création.

    Le romancier Samuel Butler (1835-1902) s’essaya finement à dégager cette spécificité pour prouver que l’Odyssée avait été écrite par une femme. Ses critères, ses remarques lui mériteraient de nos jours de sévères adjectifs. Ainsi que les emballages de gâteaux précisent à la suite de la liste des ingrédients « traces de noisettes, d’arachides », l’éditeur qui publierait L’auteur de l’Odyssée se sentirait obligé de mentionner en quatrième de couverture : Traces de paternalisme. Contient de la discrimination.

    Le contenant de « elles@centrepompidou » est paraféministe, un féminisme mâtiné de gender theory. En gros ça dénonce tout ce qui phallogocentrique (barbarisme digne de ces primaires qui n’ont aucune notion des mécanismes de la langue, comme ils le montrèrent lors de la féminisation de certains noms). Sont traqués « les effets persistants du patriarcat dans la culture euro-américaine », à savoir – je suppose – le machisme et l’homophobie, les OGM et la peur de l’Autre, le racisme et le réchauffement climatique. Il est vrai que le choix, lors des primaires démocrates, de M. Obama et non de Mme Clinton est révélateur d’un recul, d’autant plus douloureux qu’il a été présenté comme un progrès. L’état patriarcal ne sera dépassé que lorsque sera élue à la présidence de l’Etat mondial une transsexuelle lesbienne musulmane, de couleur, à mobilité réduite et sans-papiers. La lutte pour la différence est longue.

    Qu’en est-il du contenu ? Venues de l’Est dans le grand mouvement ad Lutetiam du début du siècle, Natalia Gontcharova appartient à l’Ecole de Paris, Sonia Delaunay relève de divers mouvements contaminés par l’intellectualisme post-cubique, tandis que Tamara de Lempicka se rattache à l’esthétique Art Déco (Kizette au balcon, 1927). Suzanne Valadon est bien représentée dans les collections de Pompidou, par des dessins, des eaux-fortes, et par cette grande huile La Chambre bleue (1923, illustration), caractéristique de ce que la peintre a donné de meilleur. La Chambre bleue remplacerait aisément une dizaine de toiles de l’exposition de la Pinacothèque qui s’achève ces jours-ci.

    Côté photographie, les portraits de Gisèle Freud sont inoubliables : Victoria Ocampo, André Gide, et par-dessus tout le doux visage de Virginia Woolf sur lequel se lit la vie intérieure. Les arums photographiés par Dora Maar ont une perfection formelle qui ne va pas sans froideur.

    Après-guerre, les femmes rallient l’art d’avant-garde. Nicky de Saint-Phalle tire au pistolet sur ses toiles en 1961, modèle une masse peinturlurée, une femme aux jambes écartées qu’elle intitule, histoire de ne pas laisser passer l’occasion d’un blasphème, Crucifixion. Dans les années soixante-dix, les happenings et les performances sont à la mode. Orlan fait des « Actions Orlan-Corps » sous forme de « MesuRage », de même que Gina Pane, qui par ailleurs frappe fort en exposant Une semaine de mon sang menstruel (1973). Comme avec La visite du Président Loubet aux escadres italienne et française dans la rade de Toulon, le titre épargne une plus longue description. On ne sort pas de la viande grâce à Jana Sterbak qui en 1987 signe Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique, à savoir de la viande de bœuf crue sur un mannequin. De la facture académique la plus plate, un bronze de Kiki Smith représente l’accouplement d’un bouc et d’une toute jeune fille (2002, Tied to Her Nature, « lié à sa nature »).

    Telles sont les œuvres significatives au milieu de tant d’autres, celles par exemple de la triade Louise Bourgeois, Annette Messager, Sophie Calle ; en définitive, quantité de choses tristouilles. Une totale négation de l’esthétique qui a paradoxalement motivé une marque de cosmétique à être le principal mécène de l’exposition : Yves Rocher, lequel il est vrai a « toujours placé les femmes au centre de son action et a su créer un lien unique avec 30 millions d’entre elles dans le monde. » 30 millions d’amies ?

    Le but assigné à l’exposition n’est pas atteint. Plus qu’une spécificité de la création féminine, qu’on peut penser comme allant de soi même si elle reste difficile à cerner, l’accrochage du Centre Pompidou révèle malgré lui une spécificité de l’art d’avant-garde, celle de rendre strictement équivalentes les productions masculines et féminines. La médiocrité est neutre. La laideur asexuée. L’art d’avant-garde est impuissant. Il stérilise le talent, qui lui est incompatible.

    Samuel

    Elles@centrepompidou, artistes femmes dans les collections du centre Pompidou.

    Jusqu’au 24 mai 2010, Centre Pompidou.

    illustration : S. Valadon, La Chambre bleue, Musée national d’art moderne © RMN / Jacqueline Hyde


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