• Les lions adossés et liés du Puy-en-Velay

    Ce chapiteau du cloître de Notre-Dame du Puy (xie-xiie) représente deux lions adossés, d’allure très orientale, ce qui n’est pas surprenant quand on connaît l’influence de l’Orient byzantin et arabe sur la cathédrale du Puy, influence due au pèlerinage de Compostelle et aux Croisades – ces dernières mériteraient d’être louées par tous les tenants du métissage culturel.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

    L’adossement est une composition qui attire l’attention sur l’extérieur, alors que l’affrontement l’attire sur le centre; composition centrifuge, ouverte ; ou composition centripète, fermée. J’insiste sur cette lecture plastique : la Visitation ou le Baiser de Judas ont pu être représentés de manière assez semblable en affrontant deux visages, ou deux personnes, pour des significations résolument opposées.<o:p></o:p>

    La tête des lions occupent les angles. Une composition de chapiteau doit choisir de privilégier, ou les angles supérieurs, ou le centre de la face principale. Lorsque celui-ci est choisi, les angles supérieurs, dont le respect reste plastiquement essentiel, sont toujours occupés par un point secondaire, narratif souvent dans les cas de chapiteau historié, décoratif le reste du temps (la volute étant l’élément qui s’y inscrit le plus naturellement). Mais, lorsque les angles sont privilégiés, existe le risque de « vider » le centre de la face principale. S’agissant de nos deux lions, on voit que pour éviter ce désagrément, l’artiste occupe cette face avec deux points secondaires : pattes affrontées en bas – affrontement qui est un habile contrepoint à l’adossement général – ; corde formant boucle en haut, qui rompt ce que la symétrie de l’ensemble aurait de trop rigoureux. <o:p></o:p>

    (Autre rupture, mais si discrète, de la symétrie : un des lions à la moustache en pointe, l’autre l’a arrondie. Hergé usa du même procédé pour différencier Dupont et Dupond.)<o:p></o:p>

    Notons la façon dont la boucle rentre dans le chapiteau, sous le tailloir, ce qui est un quasiment un trompe-l’œil, effet fort étranger à l’art médiéval. Si un chapiteau du chœur de la Charité-sur-Loire[1] présente une série d’oiseaux monstrueux dont les extrémités d’ailes, dressées, montent jusqu’à cette partie du chapiteau, immédiatement sous le tailloir, d’ordinaire laissée libre, elles en respectent tout de même la surface.<o:p></o:p>

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    <o:p> </o:p>

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    Ces deux lions liés par une corde attirent l’attention : dans les cents et mille paires de lions sculptés par les artistes préromans et romans, ils sont les seuls que je connaisse à être attachés. Les animaux attachés sont d’ailleurs rares. À part les singes accompagnant leur bateleur, qui nous éloignent de notre sujet puisque nous intéressent les animaux en situation décorative, on ne trouve guère que les deux oiseaux d’une colonne ornée (ancienne abside de Saint-Christol, Vaucluse[2]), adossés eux aussi, comme pendus par une même boucle.<o:p></o:p>

    Dans le cas de nos lions, qui sont déjà vigoureux et mobiles, la corde accentue cette impression, car ils sont attachés par la même laisse : les efforts de l’un anéantissant ceux de l’autre, ils s’étranglent mutuellement.

    <o:p>Samuel</o:p>




    [1] Reproduit dans V. H. Debidour, Le Bestiaire sculpté du Moyen Âge en France, Paris, Arthaud, 1961, p. 115. Cet ouvrage, richement illustré, est une merveille.<o:p></o:p>

    [2] Ibidem, p. 68.



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