• Maîtres du Nord

     Gerard ter Borch, Intérieur d’estaminet (1636 ?)<o:p></o:p>

    A l’Institut néerlandais
    <o:p></o:p>

    Quelques Maîtres du Nord<o:p></o:p>

    Présent  du 9 janvier 2010<o:p></o:p>

    En complément à l’exposition du musée Jacquemart-André (peinture flamande, qui s’achève ces jours-ci) et à celle de la Pinacothèque (peinture hollandaise, jusqu’au 7 février) (1), l’Institut néerlandais propose un choix d’œuvres tirées du musée des Beaux-Arts de Rouen. A l’origine de la collection nordique de Rouen, il y a Jean-Baptiste Descamps (1714-1791), élève d’Antoine Coypel son oncle et de Nicolas de Largillière. Il écrivit une utile Vie des peintres flamands, allemands et hollandais, que complète le Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant, véritable guide artistique dans lequel les œuvres remarquables sont signalées par un astérisque et les horaires des voitures publiques indiqués.<o:p></o:p>

    C’est pour une église rouennaise (Saint-Patrice) qu’au XVIe siècle l’anversois Maerten de Vos relate en grands panneaux l’histoire de Rebecca. Il y a trop de monde dans ces compositions où paradoxalement chacun semble seul : le manque d’unité est flagrant. La scène de la fontaine, la comparer à la version qu’en donnera Nicolas Poussin au siècle suivant. Si Maerten de Vos y fait figurer les chameaux – on sait qu’il sera reproché à Poussin d’avoir manqué de fidélité au texte biblique en ne les représentant pas –, il est bien loin d’atteindre son intensité. <o:p></o:p>

    Les petits paysages de Jan van Goyen, marines, fleuves, sont pleins de sensibilité. Subtils en bruns, en bleus et blancs, ils paraissent presque monochromes. L’artiste combine les éléments : ici il ajoute un château rhénan escarpé au bord d’une rivière, avec l’observation directe : là des vaches qui vont s’abreuver. De l’ambitieux Enlèvement d’Europe de Hendryck van Minderhout (1680), ce sont les animaux qu’on retiendra : un groupe bien croqué de trois taureaux et deux chèvres, avec leur berger. Minderhout était d’abord un peintre de vaisseaux et de ports. Descamps signale « ses compositions abondantes et toujours avec de grands effets et de belles oppositions », mais aussi sa facilité, ses figures et ses ciels médiocres.<o:p></o:p>

    Entrons dans ces intérieurs tant appréciés. La Proposition de Jan Steen reconstitue le trio de la jeune fille, du niais et de l’entremetteuse ; tandis que Gerard ter Borch place quelques soldats dans un estaminet (illustration). Jan Steen en reste au niveau humoristique, allusif, tandis que Gerard ter Borch, particulièrement avec ce tableautin qui fit partie de la collection personnelle de Descamps, distille un mystère qui a presque la qualité du mystère vermeerien.<o:p></o:p>

    Jacob Ferdinand Voet fut à Rome, en Savoie, à Versailles. C’est en France qu’il peint ce beau portrait d’officier (1680), en cuirasse et jabot de dentelle rose. Est-ce un portrait que la Joueuse de cistre de César van Everdingen ? Sa coiffure, son béret plat de velours rouge, sa poitrine dénudée indiquent la courtisane. On ne saurait mieux peindre une beauté froide, offerte et distante. Buste à l’instrument, elle descend peut-être du Joueur de luth du Caravage. Caravage eut une postérité hollandaise, comme le montre un magnifique Saint Paul écrivant (anonyme, vers 1620), vigoureusement brossé. Les complémentaires sont explosives, habit vert, manteau rouge qui coupe la toile en diagonale. <o:p></o:p>

    Le Saint Jean et le Saint Marc de Lambert Jacob sont loin d’avoir ces qualités. Habits et visages sont abominablement cotonneux et seuls les livres, enlevés, ont leur intérêt. Jacob en eût tiré de belles natures mortes. Dans ce domaine, on aimera Jacob Foppens van Es, qui associe hareng, oignon et verre, plus que Willem Kalf dont la Nature morte aux aiguières et au plat doré est habile mais par trop clinquante. Moins brillante, du même, la Nature morte à la gourde d’argent est tempérée par les fruits et la porcelaine bleue.<o:p></o:p>

    Signalons, pour finir, un panneau du XVIe siècle dont l’iconographie retient l’attention. Il représente un des Quinze signes, préludes au Jugement dernier : « Les pierres s’entrechoqueront ». Oubliés de nos jours, les Quinze signes ont été très en vogue au Moyen Age. Prétendument tirés de saint Jérôme, apparaissant dans le Miroir historique de Vincent de Beauvais et chez divers auteurs, les signes annonciateurs de la fin du monde consistent en raz-de-marée, tremblements de terre, bouleversements du ciel… Nos amis de Copenhague en feraient leur miel. Ce n’est qu’à partir du XVe siècle que les Quinze signes ont été mis en image. François Villon les mentionne dans son Lais : « Item, je laisse aux Mendiants, / Aux filles Dieu et aux Béguines, / Savoureux morceaux et friands, / Flans, chapons et grasses gélines, / Et puis prêcher les Quinze signes, / Et abattre pain à deux mains. » <o:p></o:p>

    Samuel<o:p></o:p>

    (1) Cf. Présent des 26/09 et 14/11 de l’année dernière.

    Maîtres du Nord, Tableaux du musée des Beaux-Arts de Rouen.

    Jusqu’au 24 janvier 2010. Institut néerlandais, 121 rue de Lille, Paris VIIe.



    Voir également:


    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :